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Jean-Claude Jardin

Portrait d’un entrepreneur atypique

Jean-Claude Jardin a fait appel à l’Institut François Bocquet pour assurer la formation des cadres de l’UNEP (Union Nationale des Entrepreneurs du Paysage).

Jean-Claude Jardin

Le lieu ressemble au Jardin extraordinaire de la chanson. C’est la salle d’exposition de l’entreprise Jardin Création, sans doute l’endroit le plus inattendu de Créteil : une ancienne salaisonnerie au premier étage de ce qui fut aurefois une charcuterie industrielle. Elle abrite désormais un jardin reconstitué : tonnelles, lampadaires, patios, portes de jardins, table ronde pour l’apéritif, dalles de pierre ou de bois, jeux de miroirs et d’eau.

Jean-Claude Jardin dans son show-room

C’est dans ce cadre surprenant que Jean-Claude Jardin nous reçoit. Il a fait appel à l’Institut François Bocquet pour organiser des stages d’expression orale et de conduite de réunion à destination des cadres de l’UNEP, l’Union National des Entrepreneurs du Paysage, dont il était le secrétaire général. “Je connaissais bien un des animateurs, Bernard Armbruster, un comédien de théâtre. J’ai demandé qu’on bâtisse un stage sur mesure. Tout s’est très bien passé. Les participants me parlent très souvent des interventions de Bernard. Il les a marqués. Ça ne m’étonne pas ! Quand j’avais 20 ans, il m’avait demandé d’assurer la régie des représentations de théâtre qu’il donnait en région parisienne… C’est lui qui m’a donné l’envie de jouer moi-même la comédie ! Ce que j’ai fait quelques années plus tard dans une troupe amateur…”.

Un nom prédestiné ?

On l’a compris, Jean-Claude Jardin est un entrepreneur atypique. Très tôt il s’est senti attiré par les métiers de la terre. “Je ne sais pas ce qui m’a poussé à devenir paysagiste. J’ai l’impression que j’ai toujours voulu être ce que je suis aujourd’hui”. Certains penseront qu’il portait un nom prédestiné ! Pourtant, il est le seul de sa famille à avoir suivi cette voie.

Après une enfance rebelle où on lui a prédit qu’il n’arriverait à rien (!), il suit une formation technique de 5 ans et, en 1974, entre comme employé dans une entreprise paysagiste du Val-de-Marne. “J’aime le métier, mais je comprends très vite qu’avec mon caractère… disons… indépendant, je ne suis pas fait pour être salarié. J’ai envie d’organiser ma vie comme ça me chante”. A peine un an plus tard, il crée donc sa propre entreprise.

Ses débuts sont difficiles. “J’avais une bonne connaissance technique mais j’avais de grosses lacunes en gestion ! Heureusement, Evelyne, ma femme, qui travaillait à Paris la journée, me donnait un coup de main le soir et les week-ends pour la comptabilité, le courrier, les salaires. C’est la vie de beaucoup d’artisans…”.

Jean-Claude Jardin connaît dix années incertaines. “J’ai commencé mon activité juste après le premier choc pétrolier et juste avant la grande sécheresse de 76 ! Le démarrage a été lent, mais je n’avais pratiquement pas de charges et je vivais sans contrainte. Il m’arrivait même de faire de la figuration dans des films pour arrondir les fins de mois”. Il commence avec un capital de 1.500 F et sa logistique se résume à une vieille 4L avec laquelle il a traversé le Liban et la Suède.

Une banque à la rescousse

Malgré ces difficultés, il s’obstine. Il n’envisage pas un autre métier. “Tout jeune, à l’école, je voulais créer des choses, les transformer, voir le résultat concret de ce que je faisais. J’aurais pu devenir horticulteur, travailler dans des serres, mais je voulais bouger, être au grand air, avoir des contacts avec les clients”.

Ses premiers clients, il les obtient grâce à son ancien employeur. Puis il décroche certains chantiers sur la commune de Marolles-en-Brie (Val-de-Marne). “De nombreuses résidences se sont construites dans l’Est parisien et les propriétaires apportent un soin tout particulier à leurs espaces verts”. Malgré ces opportunités, son entreprise reste artisanale jusqu’au jour où une banque se décide (enfin !) à lui faire confiance. “A l’époque, on ne pouvait pas envisager de mener de gros chantiers sans acheter du matériel et des engins. ”Aujourd’hui, c’est différent. La location s’est développée et on peut obtenir plus facilement les engins dont on a besoin pour des chantiers spéciaux”.

Mais son activité prend réellement son essor lorsque la société Esso le contacte pour réaliser l’aménagement d’une station-service dans le Val-de-Marne. “Mon activité a changé de statut à cette époque. J’ai renoncé à la structure artisanale. Après Esso, d’autres sociétés m’ont contacté pour des aménagements de stations-service. J’ai commencé à travailler avec des cabinets d’architectes, des entreprises privées, des mairies”.

Du bois exotique pour rebondir

Puis vient la récession de 1993. Les grosses entreprises paysagistes, pour survivre, s’attaquent aux petits chantiers. Jean-Claude Jardin comprend alors qu’il doit réorienter son activité. “C’est à cette époque que j’ai eu l’idée de la salle d’exposition. Personne n’avait osé faire ça avant moi !”. Il prend contact avec un fournisseur de bois exotique et aménage tout le premier étage d’un de ses bâtiments. Il organise ensuite des journées portes ouvertes et même des expositions de peinture ! “Je ne voulais plus répondre aux appels d’offre des collectivités territoriales ou des entreprises. Trop de monde était à l’affût. J’ai préféré revenir vers les particuliers et leur offrir un nouveau service, une prestation complète et originale d’aménagement de l’espace”.

En 2002, Jean-Claude Jardin adhère à un groupement d’entreprises, Atout Vert, qui lui offre un soutien en termes de communication, d’audit de fonctionnement, de mise en commun d’expériences. “On ne se fait pas concurrence car nous sommes très disséminés sur le territoire. Et une entreprise comme la nôtre intervient exclusivement dans sa région. Enfin, presque…”.

Presque, oui, car depuis quelques années, son entreprise aménage des espaces verts… en Chine ! “C’est une aventure passionnante. Nous avons créé avec un partenaire chinois et deux autres paysagistes français, une joint venture. Les Chinois ont perdu leur savoir-faire en matière de jardin ; ils se sont tournés vers les Français pour les aider, car ils se sentent plus proches de nous. Pour moi, c’est la découverte d’une culture fascinante. C’est naturellement un atout pour l’entreprise, un gage d’audace et de sérieux”.

La formation au service des métamorphoses d’un métier millénaire

Jean-Claude Jardin s’est senti très tôt concerné par la formation professionnelle. Il y a une quinzaine d’années, il adhère à l’UNEP, le groupement professionnel du secteur. “Je l’aurais fait volontiers dès le début, mais il fallait être parrainé, et personne ne me connaissait…”.

Il œuvre d’abord au sein du comité Ile-de-France où il prend la présidence du groupe Formation. “Notre métier a connu une transformation très rapide depuis quelques années. Les bases du métier ont, elles, peu changé. Notre savoir-faire est très ancien. Seules les techniques d’élagage sont réellement nouvelles : on laisse davantage vivre l’arbre et on adopte des techniques issues de l’escalade. C’est dans le domaine de la gestion que beaucoup de progrès ont été accomplis grâce à l’informatique. Je pense aux logiciels de comptabilité qui nous permettent d’informatiser toutes les étapes, du devis à la facturation. Je pense aussi aux bases de données de végétaux, et aux logiciels de retouche d’images qui permettent de simuler dans leur environnement réel les projets que nous élaborons”. Si la formation technique est satisfaisante, beaucoup de professionnels doivent s’adapter à ces nouvelles techniques.

Au sein du groupe formation, Jean-Claude Jardin s’attèle à la réforme des principaux diplômes , BTS ou bac pro. D’autres évolutions doivent être intégrées aux programmes, comme les nouveautés technologiques dans le domaine des engrais, des traitements des maladies, le recyclage des déchets végétaux, le tri sélectif, la protection des personnels — autant d’aspects qui marquent le vécu quotidien d’une profession qui ne cesse de se diversifier et de s’enrichir. Aujourd’hui, les préoccupations écologiques, le développement des résidences principales en banlieue et le soin apporté aux espaces verts exigent des entrepreneurs paysagistes des compétences multiples.

Quatre chantiers au Secrétariat Général de l’UNEP

Jean-Claude Jardin intègre ensuite le bureau national de l’UNEP dont il devient secrétaire général chargé de la formation. “A cette époque j’ai eu à gérer quatre gros chantiers.

- ”D’abord créer la charte de la formation qui fixe les droits et les obligations des trois partenaires de l’apprentissage : le centre de formation, l’apprentis et l’entreprise. Il y avait eu quelques abus de la part de certaines entreprises qui fonctionnaient presque uniquement avec des apprentis, ou des apprentis qui n’exploitaient pas leur passage en entreprise pour apprendre quelque chose.

- ”Le second chantier a été la mise en place d’un passeport professionnel. C’est un document qui ressemble au passeport pour voyager et qui reprend l’itinéraire professionnel du salarié : ses formations et ses emplois. C’est un document très utile pour les employés des petits niveaux qui ont du mal à se “vendre”.

- ”J’ai eu aussi à développer un réseau de professionnels présents dans les établissements d’enseignement. L’objectif était de lier davantage le monde du paysage et celui de l’enseignement, faire que les gens se connaissent mieux. Aujourd’hui, 90 % des établissements ont un professionnel qui suit leur activité. Ces professionnels sont notamment très impliqués dans les corrections d’examens.

- ”Enfin, j’ai participé aux travaux de la Commission paritaire nationale d’orientation. Cette commission est chargée de dresser, région par région, une liste d’organismes de formation dans les domaines qui concernent les salariés : formations techniques et formations managériales”.

Le poids des mots

C’est à cette époque que Jean-Claude Jardin décide de faire appel à l’Institut François Bocquet. “Tout est venu d’une assemblée générale de l’UNEP. Au cours de la soirée, j’ai vu défiler des délégués régionaux qui faisaient leur rapport moral en bafouillant, le nez collé à leurs notes, sans jamais chercher à captiver le public. Ça m’a rendu furieux, car je savais qu’ils avaient fait un travail extraordinaire sur le terrain, mais tout était gâché par leur façon de s’exprimer. Je me suis dit qu’il était urgent de former les cadres de l’UNEP à l’expression orale. J’ai demandé à l’Institut de concevoir un stage intra-entreprise en associant la prise de parole en public à une formation sur la conduite de réunion. Je n’en pouvais plus de ces réunions interminables, mal organisées, dont il ne sort rien, sinon un gros malaise. L’Institut a déjà formé trois groupes de cadres, deux à Paris et un à Tours. Les participants ont pu tirer profit de ces stages dans la direction quotidienne de leur entreprise, et c’est très important”.

Jean-Claude Jardin est convaincu que, dans le monde d’aujourd’hui, savoir communiquer est essentiel. C’est parfois difficile à admettre pour des entrepreneurs qui considèrent que seul le travail concret, sur le terrain, compte véritablement. “Le monde du paysage est en pleine évolution et des organismes comme l’Institut peuvent nous aider à nous insérer dans ce nouveau paysage du monde…”. [1]


Voir en ligne : http://www.jardin-creation.fr/



Notes

[1] Interview réalisée en 2004 pour la brochure "Privilèges 2004" de l’Institut François Bocquet.


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